Bilan du 22 Avril 2007
Bilan du 22 Avril, pour info :
Présidentielles (1er tour) : le vote de la peur
Les français ont donc voté comme le souhaitaient les médias, les instituts de sondages, les leaders des grands partis institutionnels. Les peurs et les angoisses ont prévalues sur la raison, sur la pensée, sur l’espoir, sur le moteur de l’utopie, sur la possibilité d’un avenir radicalement différent.
La peur est ainsi la grande gagnante de cette élection. Ces résultats électoraux traduisent que la France est malade. Contre leur propre pouvoir et leur capacité de transformation voir de rébellion (comme lors du TCE*), les électeurs français se sont réfugiés dans les bras de leaders affirmant leur volonté de prendre en charge la barre d’un navire à la dérive dont ils avaient eux-mêmes perforé la coque.
La peur est la grande gagnante de ce premier tour : peur de l’autre dans sa différence et ancrée dans un discours sécuritaire et raciste qui a conduit au vote ultra-libéral et d’exclusion Sarkosy, peur de l’extrémiste de droite qui a conduit au vote “utile” social-libéral Royal. Les deux reposent sur les mêmes mécanismes : le rejet et le besoin de rassurance. Nous sommes là en présence d’un comportement infantile régressif mu tout à la fois par la pulsion incontrôlée et par le désir d’être accepté. Les traumatismes d’enfance des candidats-leader – non-reconnaissance par le père ayant entraîner un mécanisme de sur-valorisation du moi ” je veux être le préféré du père” car j’ai de la valeur quand même – ont rencontré les traumatismes d’une société abandonnée, délaissée, livrée à elle-même, soumise à la violence sociale et en mal de reconnaissance et d’acceptation.
No futur
Les résultats du vote ne reposent pas sur un projet d’avenir, sur un demain radieux et expansé mais sur la demande d’un moindre mal, acceptant de fait l’ordre dominant et la logique de division de la société. Les français ont voté majoritairement a minima. A minima pour les candidats du libéralisme dur et du social-libéralisme mou. “Qui pourra me protéger de ces immigrés et de ces fainéant chômeurs responsables de tous les maux que je vis” ou “Qui pourra me protéger du danger de l’extrême-doite et d’un second avril 2002.” C’est dans ce cadre-là que mon “désir d’avenir” est “maintenant possible”. En ce sens les idées et le personnage Le Pen ont gagnée en devenant le pivot des choix électoraux opérés par les français.
Les peurs de la détérioration environnementale et des catastrophes climatiques à venir ont trouvé matière à prise en charge -donc à capacité de solutionnement- par la signature des candidats au bas du Pacte écologique proposé par Nicolas Hulot. En ce sens l’idolâtrie dont celui-ci à été l’objet de la part des médias et, par contre-coup des français, a favorisé l’occultation des enjeux et , là-encore, permis aux électeurs de se donner a minima bonne conscience. La traduction immédiate en a été la marginalisation de la candidature officielle verte.
Derrière ce vote c’est la traduction d’acculturation télévisuelle et de pulsion “zapping” qui se manifeste. Les liens entre les causes et les conséquences sont occultés, la dynamique contradictoire des phénomènes sociétaux et naturels est exclue, l’emprise de l’humain sur sa vie est réduite à la portion congrue. Les référents uniques reposent sur un horizon limité (le désir satisfait dans l’instant est l’échelle de valeur), un bio-tope étriqué (le monde me fait peur seul compte moi et mes proches), l’impérieux besoin de sauvegarde de l’espèce par la possession de biens matériels et l’intégration au clan (je veux consommer même si je sais par ailleurs que ce modèle est contestable). En ce sens les manifestations anti-CPE traduisaient bien, notamment de la majorité de la jeunesse, cette aspiration à l’intégration, à l’acceptation, à la survie individuelle immédiate, au besoin de consommation.
Une société malade, des français schizophrènes
Alors que les idées de protection environnementale et les frustrations sociales n’ont jamais été aussi fortes, elles ne génèrent pas l’expression majoritaire d’une autre logique basée sur des valeurs autres que celles du schéma libéral. Nous constatons une dichotomie extrême entre le besoin et la nécessité, entre un constat individuel et une conscience collective, entre un générosité et une solidarité. Ce qui prime est donc l’instinct de conservation et son corrélatif le conservatisme.
Dans ce processus de tension innervant l’instinct de survie, le cadre imposé est donc naturellement celui de l’immédiateté et de l’instant, celui de l’idéologie libérale. En dehors point de salut et, d’ailleurs, puis-je même envisager qu’il existe un dehors? Je deviens donc mon propre bourreau. Alors les idées de Sarkosy peuvent avoir prise (travailler plus pour gagner plus, expulser celui qui me dérange, jouer mon rôle-vie dans cette guerre, devenir l’excellent face au médiocre) car elles reposent sur l’opposition/tension ramenée à sa plus simple expression, celle du bien et du mal. En ce sens le vote de ce 1er tour prend appuis aussi sur les siècles constitutifs de la culture de l’occident chrétien et rejoint les tendances constatées dans les autres pays de la sphère d’influence religieuse. Alors les idées sociales-libérales de Marie-Ségoléne Royal – dont l’image de Jeanne d’Arc des temps modernes a été distillée pendant la campagne électorale – peuvent avoir prise (valeur travail, encadrement militarisé des “déviants”, atténuation des inégalités, devenir performant car j’ai de la valeur, être un reconnu-intégré).
Comment alors d’autres choix ont-ils pu prendre corps dans l’expression électorale?
Dans ce contexte de sur-valorisation du moi et des peurs, dans le bain sempiternellement bouillonnant du “pas d’autres alternatives” martelé par les médias, dans le primat de la pulsion de l’instant : d’autres aspirations, d’autres affirmations ont cependant pris corps. Elles sont elles-mêmes contradictions et expressions de la dualité. Deux grands courants les ont exprimés.
Le premier, sous-tendu par le libéralo-centrisme – la nouvelle forme d’expression des sociaux-chrétiens – a proposé de réduire la contradiction et les oppositions par un consensus de bonnes volontés. C’est une vieille idée mais qui a pu se présenter comme la forme accessible immédiate d’un avenir autre reposant sur une autre logique. L’histoire montre que cela est un leurre mais elle a représenté l’affirmation de la proposition-ratée de temps anciens primitifs de la social-démocratie contemporaine : le “changement dans la continuité”. Le mieux sans risque, sans remise en cause fondamentale, sans abandon des possessions. Il a séduit une partie de cette France non-politisée, généreuse, peu au fait des tenants et aboutissants des systèmes d’organisation des sociétés humaines, et pas prête à basculer dans un radicalisme alternatif.
Le second choix a été celui de l’alternative anti-libérale ou écologique. Ce vote est l’expression d’un choix de rupture radicale, de l’expression rationalisée de l’instinct de survie, de la conscience du pouvoir créateur et de transformation de l’humain, de la vie sur la mort. Il a été une rencontre entre les approches actualisées philosophico-politiques marxistes (communiste, troskyste,…), le courant émergeant alter-mondialiste portant les valeurs de coopération et de solidarité internationale, la sensibilité écologique radicale et une faible part de l’électorat en constat d’échec du modèle libéral et ultra-libéral basé sur la primauté de l’économie.
Ce second choix a trouvé son expression par un vote sur différents candidats traduisant l’échec d’une candidature unitaire, les ruptures successives dans le camps anti-libéral et l’absence d’une dynamique issue d’une unité profonde. Cette proposition ne comportait pas en elle-même la capacité de mobilisation indispensable dans ce type d’élection et le contexte idéologique dominant.
Le courant le plus ancien historiquement, le plus ancré localement mais en recul depuis plus de vingt ans (PCF) et dont une forte minorité interne avait rejoint la candidature alter-mondialiste au détriment de la candidate officielle, n’a pas réussi à reconquérir un électorat traditionnellement acquis et dont une bonne composante s’est portée vers le courant le plus radical dans son discours, prenant appui sur un candidat connu et sa jeunesse, un appareil de parti existant depuis près de quarante ans, et des antécédents de résistances (luttes sociales): la LCR. Le propos de celui-ci, combatif et radical, simple et lisible (“nos vies valent plus que leur profits”) a rencontré le soutien de la part de la jeunesse la plus en demande de changement, des électeurs de l’autre courant “troskyste” porté par une candidate perçue comme “retraitée”, et certains anti-libéraux que les autres candidatures n’ont pas su séduire.
L’expression originale alter-mondialiste de José Bové, porteuse notamment d’une vision nouvelle d’organisation de la vie en société et des relations humaines et internationales, d’un projet de devenir et de vie, a pu se frayer un chemin malgré de nombreux obstacles : non-accès aux médias pendant un an, démarrage de la campagne de convictions un mois seulement avant l’échéance pour cause de recherche de parrainages, désignation tardive d’un candidat, pas d’organisation et de soutien de parti pré-existant, volonté de faire de la politique autrement notamment par une démocratie permanente interne et l’apprentissage de l’acceptation des différences inéluctablement génératrice de tensions, l’image du candidat présentée par les médias comme “violente”, une campagne privilégiant le discours de priorité aux “cités”.
La générosité de la proposition, l’ampleur du détachement d’avec le modèle idéologique libéral dominant, le climat de peur ambiante du risque d’extrême-droite a conduit une part non négligeable de l’électorat potentiel de ce courant à se porter, dès le premier tour, sur le candidat social-libéral (le moindre mal).
En guise d’avenir…
Les français ont peurs, sont résignés et pourtant ils peuvent manifester des oppositions affirmées comme l’ont montré ces dernières années leur opposition à la guerre en Irak, leur refus du Traite Constitutionnel européen libéral, leur rejet du CPE, le redémarrage des luttes sociales, leurs votes aux présidentielles de 2002,…
Le point commun de cette expression est le refus et le rejet, mu par le malaise et le “ras-le-bol”, sans lien avec la globalité ni sous-tendu par une conscience éclairée. L’enjeu qui se présente alors aux forces anti-libérales, à ceux qui aspirent à un changement profond au regard de la situation catastrophique sociale, écologique et culturelle engendrée par la logique du libéralisme n’est-il pas alors de :
. relancer le mouvement de dynamique unitaire à court, moyen et long terme (court terme: les élections législatives de mai),
. procéder à une large expression d’analyses critiques du modèle sociétal dominant et de la campagne électorale,
. pour présenter un projet alternatif lisible et mobilisateur, porteur d’avenir de transformation
. et en déterminer les modalités de mise en œuvre et la forme éventuelle d’organisation (création d’un mouvement, parti, rassemblement, plate-forme ?)
L’avenir commence maintenant !
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* Traité de Constitution européenne
le 23 avril 2007
Sources : www.alternative-france.org
A présent, espérons que Madame Royal aura suffisamment de charisme et d’efficacité pour rassembler tout le monde… A suivre….
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